RAPPORT D'ACTIVITES ANNEE 2006
L'année 2006 est considérée comme une année particulière et une année charnière pour un repositionnement et une réorientation des activités du BAC en faveur de la thématique Migration et Développement, Solidarité Nord-Sud et solidarité des congolais de la Diaspora et des congolais vivant en RDC.
1. Un bref rappel historique :
Benelux Afro Center (B.A.C.) est une association créée en 1998 par des membres de la diaspora africaine de Bruxelles dans le but de créer au départ un cadre d'auto-prise en charge de la communauté afin, d'une part, de créer des opportunités de formation et de mise à l'emploi des africains pour une meilleure insertion dans le pays d'accueil. Actuellement, l'association mène une réflexion profonde et des actions concrètes de valorisation des acquis de la diaspora dans leurs pays d'origine, soit en terme de transfert de l'expertise et compétences acquises dans le pays d'accueil, soit en terme d'initiation ou de participation à des projets de développement dans les pays d'origine. Ce deuxième volet tend à prendre 70% des activités actuelles du BAC.
2. A propos de l'axe sud de « Migration et Développement » :
Un des objectifs actuels du BAC est d'œuvrer pour l'implication directe ou indirecte de la diaspora dans les projets de développement menés dans leurs pays d'origine, soit en étant personnes ressources pour des projets initiés par les ONGS belges, soit en initiant directement des nouveaux projets en tant que nouveaux acteurs de développement et premiers experts de leurs pays d'origine.
3. La vision du BAC en matière de lutte contre la pauvreté et de développement humain durable des Pays en Voie de Développement :
La vision du BAC en matière de développement humain durable des PVD commence par le travail à faire auprès des ressortissants des PVD durant leur séjour au Nord en général, et en Belgique en particulier.
En effet, en misant toujours sur un retour éventuel de ces migrants dans leurs pays d'origine, il est important de faciliter leur intégration sociale et professionnelle dans le pays d'accueil, et que les formations organisées pour ce public soient valorisables aussi bien dans le cadre de leur insertion dans le pays d'accueil que lors d'un retour dans leur pays d'origine. D'où l'attention particulière que le BAC porte sur le choix des formations qualifiantes à proposer au public migrant peu instruit. En effet, toutes les formations dans le secteur professionnel d'aide aux personnes, aussi bien de la petite enfance que des adultes, peuvent créer de l'emploi au nord et au sud. Ainsi le BAC, dont l'expertise dans la prise en charge des personnes âgées est bien prouvée à Bruxelles et en Wallonie, a été sollicité par le Ministre Congolais des Affaires Sociales en 2005 (demande encore en cours d'action) pour contribuer à la formation d'un personnel compétant et à l'organisation d'un service adéquat de prise en charge des vieilles personnes abandonnées et figurant dans la couche des personnes les plus pauvres dans la ville de Kinshasa.
Parallèlement à ces formations professionnelles pour la mise à l'emploi, le BAC encourage son public à développer une forme de citoyenneté en s'impliquant dans différentes associations belges de bénévolat pour participer à des actions sociales au nord, et surtout à des activités de solidarité nord-sud menées par certaines organisations du Nord, une manière de les sensibiliser déjà aux actions du Sud et au principe de maintenir les liens avec leurs pays d'origine pour le co-développement. Ces organisations du nord peuvent être soit des associations des migrants oeuvrant dans le secteur culturel, le secteur d'insertion socioprofessionnelle, ou le secteur de coopération au Développement, ou soit des associations belges d'aide aux migrants ou de coopération au développement......
Par rapport aux actions menées directement au sud, le BAC entend concentrer son travail dans les pays d'Afrique des Grands Lacs qui sont parmi les plus pauvres des Pays les Moins Avancés (PMA), et dans le secteur santé considéré comme un des secteurs prioritaires dans la lutte contre la pauvreté. Dans la mesure où le faible résultat rencontré dans le secteur santé provient de la non participation et la non prise en compte des avis des bénéficiaires dans la planification des interventions de santé qu'on leur fait subir, le BAC soutiendra tout effort visant à faire de la société civile un partenaire à part entière du dialogue pour la santé dans les PVD, à côté du Ministère de la Santé et de l'Organisation Mondiale de la Santé. Cela passe par le renforcement institutionnel (ressources matérielles et humaines) d'une structure identifiée comme partenaire, chargée d'une part d'organiser et coordonner les représentants de cette société civile, et d'autre part de favoriser la coordination des interventions et des intervenants du secteur santé.
Le programme pluriannuel du BAC s'appuiera sur la mobilisation et la valorisation de l'expertise de la diaspora africaine pour le renforcement des capacités managériales du personnel d'exécution du partenaire du sud. Tout autre apport matériel ou financier proposés par la diaspora pour appuyer un programme de développement dans le pays d'origine seront soutenus.
Sur le plan opérationnel, il existe deux grands axes de travail :
1. L'axe nord qui reprend principalement les actions de formations qualifiantes pour les migrants chômeurs demandeurs d'emploi, pour leur insertion socioprofessionnelle dans le pays d'accueil qu'est la Belgique. C'est notamment la formation d'auxiliaire gériatrique que le BAC co-organise depuis deux ans avec le Collectif des Femmes de Louvain La Neuve à Louvain la Neuve.
2. L'axe nord-sud qui comprend d'une part la création d'emploi au nord pour la diaspora sous le statut article 60 dans le secteur de recyclage d'ordinateurs, et d'autre part la création d'une Agence-Locale d'Exécution (ALE-BAC) qui appuie localement les projets de développement portés par le BAC au sud. A travers cet axe, au moins dix membres de la diaspora africaine travaillent au BAC pour soutenir les programmes de développement du sud. Il existe donc un chef d'atelier au siège de Bruxelles, et un formateur responsable de l'ALE-BAC au sud, secondé par un collaborateur engagé local qui est préparé pour prendre la relève dans le cadre d'un transfert des compétences.
4. La stratégie du BAC à moyen terme en matière de coopération au développement:
Toute stratégie du BAC est basée sur un renforcement institutionnel des structures partenaires du sud, et vers un partenariat responsable et équitable entre les structures du Nord en tant que structures d'appui, et les structures du Sud en tant que structure en charge de l'exécution dudit programme.
La stratégie de renforcement institutionnel concerne d'une part l'acquisition des capacités managériales à travers des formations organisées à la fois par des experts extérieurs et locaux, y compris le transfert des compétences en gestion des ressources humaines et matérielles, et d'autre part par un apport logistique bien adapté aux besoins présentés par les partenaires du Sud eux-mêmes. En tant que structure d'appui, le BAC assure un accompagnement dans la gestion afin d'optimaliser les ressources pour plus d'efficience dans les résultats.
La gestion courante est toujours assurée par le partenaire local qui doit s'approprier du processus et en a l'entière responsabilité.
En terme de ressources humaines, le BAC s'appuiera sur le transfert des compétences réunies au sein des associations de la diaspora partenaires des actions menées par le BAC en faveur de la valorisation des acquis et des compétences des migrants en tant qu'acteurs de développement de leurs pays d'origine.
Durant l'intervention, une stratégie de désengagement du BAC est clairement identifiée et mise en place de manière à garantir la continuité de l'action et la viabilité du programme au-delà de l'intervention du Nord.
5. A propos du premier programme pluriannuel (PPA) du BAC :
Durant l'année 2006, trois missions furent organisées en RDC avec le soutien du programme MIDA de l'OIM pour préparer un cadre logique d'une intervention de renforcement des capacités du Conseil National des ONG de Santé (CNOS) en RDC. Cette structure ayant une coordination nationale et des représentations provinciales est chargée de faciliter la coordination des interventions et des intervenants du secteur santé à travers tout le pays, en tripartite avec l'OMS et le Ministère de la Santé de la RDC.
Dans le but de contribuer à l'accroissement de la participation de la société civile au renforcement du système de santé et à l'amélioration du bien-être des populations défavorisées en RDC, l'intervention du PPA BAC vise le renforcement institutionnel et de gestion du CNOS de manière à ce que ses avis et prise de position soient davantage pris en compte dans la définition, planification, coordination et mise en œuvre de la politique de santé en RD Congo.
Pour atteindre cet objectif, plusieurs axes de travail ont été identifiés dans la stratégie d'intervention en terme de résultats à atteindre. Nous les citerons sans aucune priorité des uns par rapport aux autres.
Un des axes importants de l'intervention est la légitimation du CNOS auprès des institutions partenaires, en commençant par les partenaires de la tripartite du dialogue pour la santé qui sont le Ministère de la Santé en tant que premier pilier, et l'OMS en tant que deuxième pilier. Cette légitimité et crédibilité feront du CNOS le 3ème pilier représentant la société civile dans coordination du système de santé congolais.
Un deuxième axe, et pas le moindre, sera la légitimation du CNOS en tant que représentant, coordonnateur et régulateur des acteurs de santé et de la société civile congolaise. Il est important que les membres de la société civile puisse croire à leur structure de représentation pour que celle-ci se sente forte et portée par ses membres et pouvoir compter sur eux. C'est pour cela qu'une série d'activités seront organisées en ce sens, notamment l'établissement d'un organigramme nouveau et un règlement d'ordre intérieur conformes à une nouvelle configuration du CNOS, l'élaboration et la mise à jour régulière d'un répertoire des ONGS nationales et internationales et autres structures mobilisatrices de la société civile, redéfinir un cadre nouveau régissant les conditions d'adhésion au CNOS y compris les différents manuels de procédures liés aux cotisations des membres et à la gestion courante du travail, et enfin aux différents services aux membres en terme de formations, soutien-conseil...
Un troisième résultat, constituant une suite logique des deux premiers résultats, est celui lié à sa mission de plaidoyer, non pas seulement auprès du Ministère de la santé et de l'OMS, mais aussi auprès du Groupe Inter bailleurs Santé « GIBS » qui finance aussi localement les programmes de développement. Les activités à mener dans ce contexte sont celles relatives à l'organisation et la participation à un cadre de concertation, de plaidoyer et de recherche de financement réunissant, selon les thèmes, le Ministère de la Santé, l'OMS, le GIBS, le BAC et le CNOS.
Un quatrième résultat concerne le renforcement significatif et de manière durable des capacités (humaines, matérielles et financières) de fonctionnement et de gestion du CNOS. Cet axe prendra une bonne partie des frais opérationnels du PPA pour répondre aux besoins en équipement et en infrastructures du CNOS, mais aussi le payement des primes du personnel impliqué dans le programme. On doit aussi souligner le rôle que les experts de la diaspora congolaise devra jouer en terme de formation et transfert des compétences, y compris dans la mobilisation des fonds et des dons en faveur du secteur santé en RD Congo. Et enfin, le CNOS devra être à mesure de compter aussi sur la mobilisation des ressources additionnelles auprès des bailleurs de fonds, auprès de ses membres cotisants, mais aussi à travers certaines activités génératrices des revenus ou la perception des frais administratifs pour des services rendus au tiers.
Un 5ème résultat consiste à organiser une gestion décentralisée des missions du CNOS au niveau des Coordinations Provinciales des ONG de Santé « CPOS », nécessitant à leur tour un renforcement des capacités (humaines, matérielles et financières) de fonctionnement et de gestion tel que décrit au 3ème axe. Le pays étant si grand, la Coordination nationale ne pourra pas parcourir tout le pays pour le suivi et l'évaluation de ce travail. Elle devra donc compter sur ses postes avancées que sont les CPOS. Cela va aussi dans le sens de la réforme en cours du système des soins de santé engagée par le Ministère de la Santé, et qui vise à décentraliser la planification de la politique de santé et la programmation des activités au niveau des provinces. Mais vu les contraintes financières et les difficultés géographiques liées à la grandeur du pays et à l'état défectueux de son réseau de communication, le 1er PPA devra concerner seulement 6 provinces choisies en fonction de leurs rapports actuels avec le CNOS. Un deuxième PPA prévu pour 2010-2012 permettra de couvrir l'ensemble du pays.
Et enfin, un dernier résultat consiste à améliorer efficacement la communication interne (CNOS - CPOS - Réseaux thématiques, ONG, comités de santé, pouvoirs traditionnels) et la communication externe (CNOS - Ministère de la Santé - OMS - Conseil panafricain), pour permettre à ce que les différents partenaires puissent se connaître et échanger des expériences. Tout devra être mis en œuvre pour augmenter la visibilité du CNOS, faire connaître ses actions, mais aussi servir de courroie de diffusion et d'échange d'information du secteur santé et des partenaires du secteur santé.
Conscient des difficultés liées à une nouvelle approche de coopération nord-sud, nous estimons qu'un premier PPA d'une durée de 3 ans permet à la fois d'échelonner les résultats attendus pour une atteinte progressive de l'objectif spécifique et une meilleure maîtrise de l'approche programme. A l'intérieur même du premier PPA, la première année sera consacrée à des résultats par rapport à la mise en conformité de la structure et à sa légitimité auprès des partenaires locaux, et les deux années suivantes aux résultats liés aux missions de base de la structure du sud en faveur de l'amélioration de la santé des population et pour la réduction de la pauvreté.
Ce premier programme pluriannuel est une étape d'une stratégie globale où le CNOS est appuyé sur une partie du territoire. Après qu'on aura tiré les enseignements de ce premier trajet, un deuxième programme pluriannuel sera planifié sur une durée de 4 ans pour couvrir l'ensemble des CPOS à travers tout le pays. Ce deuxième PPA devra permettre de :
a) Compléter l'installation effective des CPOS dans les 5 provinces restantes (Mbandaka, Goma, Mbuji-Mayi, Kindu, Bukavu) en raison de 3 provinces la première année, et les deux dernières provinces pour la deuxième année. Les deux dernières années du deuxième PPA devront servir à consolider la décentralisation de la mission du CNOS en provinces, mais aussi à organiser le travail en réseau, d'abord entre les provinces , ensuite entre les provinces et la coordination nationale du CNOS. C'est seulement au moment où les missions du CNOS seront totalement décentralisées dans toutes les provinces de l'ensemble du pays que l'on pourra considérer que le CNOS est réellement devenu le 3ème pilier du dialogue pour la santé en RDC. Au besoin, on tiendra compte aussi du passage de 11 provinces à 26 provinces pour re-planifier la décentralisation des CPOS.
b) Compléter les outils de communication du CNOS par la création d'un centre de documentation dont la vocation est de fournir toute l'information nécessaire à ses membres, ses partenaires, mais aussi à toute personne physique ou morale qui est intéressée à s'impliquer dans un programme de développement du secteur santé et la lutte contre la pauvreté en RDC.
c) Soutenir les activités génératrices des revenus pour l'autofinancement et le développement autonome du CNOS.
d) Offrir un soutien aux ONGS nationales pour développer des véritables programmes de développement dans le secteur santé
e) Créer des liens d'échange d'expériences avec les autres CNOS des pays d'Afrique des Grands Lacs ou de l'Afrique Centrale, et participer à la mise en chantier d'un conseil panafricain des ONG de santé.
6. Les services sociaux reconnus que la Maison de la Gare peut offrir aux migrants
Bien que 80% des activités du BAC sont tournées actuellement vers le programme Migration et Développement et la solidarité Nord-Sud, un certain nombre d'activités et services sociaux ont été maintenus, à savoir :
à Un Espace Public Numérique (EPN) pour consultation gratuite d'internet (emplois, formations, services sociaux et autres services pour migrants ou demandeurs d'emploi) : un service reconnu par le Ministère Fédéral de l'Intégration Sociale.
à Banque Alimentaire pour distribuer des colis alimentaires pour des personnes en difficulté ou en formation.
à Reconnaissance de l'ONE pour l'accueil temps libre / Ecole des devoirs : Une douzaine d'enfants de 6 à 12 ans sans distinction, habitant la commune de Berchem Sainte Agathe, ont pu bénéficier de ce service.
Ndudi PHASI
Président - Coordinateur